Guide de Narbonne-Plage : histoire, urbanisme balnéaire et activités
Avant la station, le sable et les moustiques
Il faut imaginer le site en 1950. Une langue de sable, des dunes, quelques cabanons de pêcheurs et de chasseurs, beaucoup de moustiques. Rien qui ressemble à une station. Le cordon littoral de Narbonne, à l'époque, n'intéresse pas grand monde, sauf les Narbonnais qui viennent s'y baigner l'été en carriole, puis en automobile. La Méditerranée est là, mais l'aménagement, lui, n'existe pas encore.
Le tournant vient de loin. En 1963, l'État lance la mission interministérielle d'aménagement du littoral du Languedoc-Roussillon, dite mission Racine, du nom de son président Pierre Racine. L'objectif est clair. Retenir sur la côte les vacanciers français qui descendent vers l'Espagne, et assécher au passage les fameux marais infestés de moustiques grâce à un grand programme de démoustication confié à l'EID Méditerranée à partir de 1959. Narbonne-Plage profite de cette dynamique régionale sans être l'une des cinq unités-vedettes de la mission, comme La Grande-Motte ou le Cap d'Agde.
Une station des années 1960
L'urbanisme de Narbonne-Plage porte la marque de son époque. On y construit vite, en bord de mer, des immeubles bas et des résidences de vacances, dans un esprit fonctionnel typique des Trente Glorieuses. Pas de tours pharaoniques comme ailleurs sur la côte. Plutôt un tissu de constructions modestes, étalées entre la plage et la route, qui montent doucement vers les premières pentes de la Clape. Le résultat divise. Certains y voient une station sans âme, d'autres apprécient son échelle humaine et l'absence de béton vertical.
La population dit tout du rythme de vie. Quelques centaines d'habitants permanents l'hiver, plusieurs dizaines de milliers de personnes au cœur de l'été. Ce gonflement saisonnier façonne tout. Les commerces ouvrent en avril, ferment en septembre. Les volets des résidences secondaires restent clos une grande partie de l'année. La rédaction connaît bien ce contraste. En février, sur le front de mer balayé par la tramontane, on croise parfois plus de goélands que de promeneurs. C'est une autre Narbonne-Plage, plus rude, qu'on aime presque davantage.
Les plages et le port
Le sable d'abord. La grande plage s'étire sur plusieurs kilomètres, large, en pente douce, ce qui la rend commode pour les familles. Le label Pavillon bleu y flotte certaines saisons, gage d'une qualité de baignade surveillée et d'une eau contrôlée. Vers le sud, en direction de Saint-Pierre-la-Mer et des falaises de la Clape, la côte se fait plus rocheuse, plus sauvage, avec des criques moins fréquentées que beaucoup ignorent. C'est là que se cachent les coins de tranquillité, à condition de marcher un peu.
Le port de plaisance complète le tableau. Aménagé pour la navigation côtière, il abrite voiliers et bateaux à moteur, et anime les soirées d'été le long de ses quais. De là partent des sorties vers le large, vers Gruissan au sud ou vers Les Cabanes-de-Fleury au nord. La mer reste le cœur de l'activité, mais elle n'est pas seule. Le massif voisin offre une tout autre carte de jeu, à dix minutes en voiture.
Le massif de la Clape, balcon de la station
massif de la Clape, ancienne île de la Méditerranée reliée au continent par les alluvions de l'Aude au fil des siècles. Il culmine à 214 mètres au Pech Redon, modeste altitude qui suffit pourtant à offrir des points de vue spectaculaires sur la côte, les étangs et, par temps clair, la chaîne des Pyrénées au loin. Classé Grand Site de France, le massif mêle garrigue, pins d'Alep, vignobles de l'AOC La Clape et falaises calcaires.
On y randonne, on y grimpe, on y pédale. Les sentiers de la gorge du Rec d'Argent ou les abords de l'ermitage Notre-Dame-des-Auzils, avec son émouvant cimetière marin dédié aux marins disparus en mer, valent largement le détour. Le vignoble produit des vins rouges et blancs réputés, marqués par les embruns et le calcaire. C'est cette proximité immédiate entre la plage et la garrigue qui fait l'originalité de la station. En une journée, on passe du bain de mer à la marche dans la rocaille parfumée.
Que faire selon la saison
L'été, le programme s'écrit tout seul. Baignade, marché, sorties en mer, sentier sous-marin pour observer la faune des petits fonds, terrasses le soir. Le printemps et l'automne sont nos saisons préférées. La lumière y est plus douce, les sentiers de la Clape moins écrasés de chaleur, et les oiseaux des étangs voisins offrent un spectacle permanent. L'hiver, la station hiberne, mais la côte reste belle pour qui sait apprécier le vent et le ciel lavé.
Au-delà de la plage, le territoire invite à élargir le regard. Pour saisir ce que vivre ici suppose réellement, du bâti aux contraintes réglementaires, notre dossier sur l'habitat du littoral occitan entre dans le détail. Et pour basculer côté lagune, vers les flamants et la pêche traditionnelle, direction notre page consacrée à l'étang de Bages et au parc naturel régional. La station n'est qu'une porte d'entrée. Derrière elle s'ouvre un pays entier.