Étang de Bages-Sigean : flamants roses, pêche et parc naturel régional
Une lagune entre mer et terre
L'étang de Bages-Sigean est l'un de ces paysages qu'on n'oublie pas. Une vaste étendue d'eau peu profonde, séparée de la Méditerranée par un cordon de terre, bordée de villages perchés comme Bages, Peyriac-de-Mer ou Sigean. L'eau y est saumâtre, mélange d'eau douce des ruisseaux et d'eau de mer entrant par les graus. Cette salinité variable fait toute la richesse biologique du lieu. C'est une nurserie pour les poissons, un garde-manger pour les oiseaux, un milieu fragile et vivant à la fois.
La rédaction y revient souvent, à différentes heures. Le matin, l'eau est lisse, presque irréelle. Le soir, quand la tramontane tombe, la lumière rasante allume les salicornes rouges des berges. Depuis le village de Bages, accroché à son promontoire, la vue embrasse toute la lagune. On comprend là, d'un coup d'œil, pourquoi ce territoire a été protégé. Ce n'est pas une carte postale. C'est un écosystème qui fonctionne encore, à condition qu'on le laisse tranquille.
Les flamants roses, vedettes des étangs
Impossible de parler des étangs narbonnais sans les flamants roses. Le flamant rose, Phoenicopterus roseus de son nom scientifique, stationne par centaines, parfois par milliers, sur les lagunes de la Narbonnaise. On les voit filtrer la vase de leur bec recourbé, à la recherche des petites crevettes Artemia salina dont ils tirent leur couleur. Sans cette nourriture riche en pigments, leur plumage resterait pâle. C'est la nature qui les teinte, lentement, repas après repas.
Le grand site de reproduction de l'espèce en France reste les salins de Camargue, plus à l'est. Mais les étangs audois leur servent de zone d'alimentation et d'hivernage essentielle. En vol, par groupes, cou tendu et pattes traînantes, ils offrent un spectacle dont on ne se lasse pas. Ils ne sont pas seuls. Hérons, aigrettes, avocettes élégantes, échasses blanches, tadornes de Belon et une foule d'autres limicoles fréquentent ces vasières. Aux jumelles, depuis les sentiers aménagés, l'observation est un plaisir simple, gratuit, accessible à tous.
La pêche en lagune, un savoir-faire ancien
Avant le tourisme, ces étangs nourrissaient des familles. La pêche lagunaire reste pratiquée par une poignée de petits métiers, héritiers d'une tradition séculaire. Anguilles, daurades royales, loups, muges, soles, et la fameuse poutine au printemps. Les pêcheurs utilisent des techniques adaptées au milieu peu profond, capéchades, filets, parfois des bordigues, ces pièges fixes installés dans les passes. Le métier est dur, soumis aux humeurs de la lagune et aux aléas réglementaires, mais il maintient un lien vivant entre l'homme et l'eau.
Sur les marchés de Narbonne ou de Sigean, la production lagunaire se reconnaît à sa fraîcheur. L'anguille fumée, l'oursinade certains hivers, les coquillages des claires. Cette gastronomie discrète, sans esbroufe, dit beaucoup du rapport des Audois à leur littoral. On ne pille pas la lagune, on la cueille avec mesure. Du moins est-ce ainsi que les anciens en parlent, et c'est cette mémoire-là qu'on tient à transmettre, plutôt que les recettes calibrées des guides touristiques.
Le parc naturel régional, chef d'orchestre du territoire
Tout cela ne tiendrait pas sans un cadre de protection. Le parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée a été créé par décret en décembre 2003. Il fédère vingt-et-une communes sur près de 80 000 hectares, des étangs aux corbières maritimes, du massif de la Clape jusqu'aux portes de Narbonne. Sa mission n'est pas de mettre le territoire sous cloche. Elle consiste à concilier la préservation des milieux, le maintien des activités humaines, l'agriculture, la viticulture, la pêche, et un tourisme respectueux des lieux.
Le parc gère des sites naturels, sensibilise les habitants et les visiteurs, soutient les pratiques agricoles douces et veille sur les lagunes, milieux particulièrement vulnérables au changement climatique et à la pollution. La maison du parc, installée à Sigean, propose expositions et information au public. Pour qui veut comprendre ce coin de Méditerranée au-delà de la plage, c'est une porte d'entrée précieuse, et les parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée méritent qu'on s'y attarde.
Voir les étangs sans les abîmer
Quelques règles simples suffisent. Rester sur les sentiers balisés, ne pas déranger les oiseaux en période de nidification, tenir les chiens en laisse, remporter ses déchets. Les meilleurs moments d'observation sont tôt le matin et en fin de journée, quand la lumière est belle et les oiseaux actifs. Le sentier du pourtour de l'étang de Bages, les abords de Peyriac-de-Mer et ses anciens salins, ou le belvédère de Sigean offrent des panoramas remarquables sans aucun équipement particulier.
La lagune et le bâti du littoral racontent finalement la même histoire, celle d'un équilibre fragile entre la nature et les hommes qui s'y installent. Pour prolonger côté habitat, notre dossier sur l'habitat du littoral occitan explique comment ces milieux protégés façonnent aussi les règles de construction. Et pour la dimension balnéaire et historique, le guide de Narbonne-Plage complète le tableau. Tout, ici, se tient.